La FabCity, ciment de la ville créative ?

Des « Smart-cities » pour des citoyen.ne.s-idiot.e.s

On a tou.te.s entendu parler de la « Smart City », la ville qui mettrait les technologies au service du développement urbain : agencement des transports et de l’eau, mais aussi pilotage des réseaux énergétiques et automatisation des flux dans leur ensemble.

Cette vision de la ville intelligente recouvre généralement une conception privilégiant l’innovation technologique et fascinée par les promesses associées à la notion très discutable de « progrès ». Elle risque l’obsolescence technique (devenir rapidement dépassée) et néglige les questions d’épuisement des ressources (métaux précieux, etc.) Entre les artistes expulsé.e.s et les habitant.e.s dénonçant les phénomènes de gentrification, le monde académique souligne les dangers de la ville technicisée : cette vision technocratique et « top down » de la ville est loin de faire l’unanimité…

Pensée sous ce spectre, la « ville intelligente » fabrique des citoyen.ne.s-idiot.e.s. Les habitant.e.s y consomment bêtement la technologie que cette ville faite sur-mesure lui offre. Les citoyen.ne.s sont pris dans une relation de dépendance vis-à-vis de personnes centralisant l’information et qui empêchent toute participation dans la construction de la ville. En fait, la Smart City ressemble plus à un laboratoire pour les grands industriels soucieux d’expérimenter leurs innovations avant de les déployer sur des marchés ultra-dépendants qu’à un espace de créativité collectif répondant aux enjeux du 21ème siècle.

La crise économique, une opportunité pour repenser la ville créative

En plus des doutes qui pèsent sur la logique « Smart City », la crise économique a joué le rôle d’élément déclencheur pour contraindre les aménageurs et aménageuses à repenser radicalement la notion de « ville créative ». Partout où la sphère publique n’a pas trouvé les réponses face aux grandes problématiques de la ville, les citoyen.ne.s se sont organisé.e.s pour produire collectivement des solutions alternatives.

Des groupements ont développé des manières nouvelles d’habiter, de s’approvisionner en énergie, de prendre soin de l’environnement, de produire, de consommer, de recycler… Des projets culturels, d’habitats groupés, d’économie circulaire ou d’agriculture locale ont émergé partout dans le tissu urbain, expérimentant leurs propres modes de gouvernance, bricolant des modèles économiques innovants.

De nombreuses villes à travers le monde ont saisi l’importance de favoriser l’émergence de ces initiatives et de transformer les contraintes en opportunités. Le soutien publique s’est notamment manifesté par l’engouement des collectivités locales pour mettre à disposition temporaire des espaces vacants à un secteur associatif dynamique, pour réhabiliter des lieux inoccupés et permettre à ces projets d’éclore un peu partout.

L’empowerment des citoyen.ne.s et les réponses nouvelles proposées marquent le point de départ vers une redéfinition de la ville créative. Les modèles émergeant démontrent qu’une ville « intelligente » passe moins par le développement d’appareillages technologiques complexes aux mains de quelques-uns que par l’appropriation collective des moyens de conception de l’urbain. En d’autres termes, il s’agit de penser une « ville créative » sur base d’une véritable participation des habitant.e.s et de la construire en offrant à tou.te.s l’accès aux outils technologiques et aux infrastructures de production.

De la « Smart City » au « Smart Citizen »

Se réapproprier les outils de production, c’est le concept même de la « FabCity » : une ville en mesure de produire localement tout en étant connectée globalement. Ce modèle urbain propose une forme d’autosuffisance qui se base sur le modèle des « FabLabs », des espaces de production se situant à la frontière entre ateliers DiY et micro-usines. Ces lieux sont tournés vers les technologies de production mais visent une accessibilité à la fois pour les professionnel.le.s et les non-initié.e.s en mettant à disposition des outils performants, permettant de fabriquer ses propres objets : imprimantes 3D, travail du bois et du métal, gravure, sérigraphie, découpe laser, …

Dans l’idée de la FabCity, ces petites unités de fabrication s’implantent sur tout le territoire. Les outils sont mutualisés, la part belle est faite aux matériaux de récupération et l’artisanat est revalorisé. En dehors de leur fonction productrice, ces ateliers de fabrication peuvent évoluer pour devenir des lieux de sociabilité, rassemblant les habitant.e.s autour d’objectifs communs.

Aujourd’hui, les villes importent des biens et produisent des déchets. La FabCity constitue alors un véritable changement de paradigme, puisqu’elle propose un modèle où les déchets sont pensés comme des ressources permettant à la ville d’être nettement plus résiliente. On ne parle alors plus de « Smart City », mais plutôt de « Smart Citizen », capables à l’échelle locale de répondre à leurs propres besoins. L’ensemble de ces FabCities constituerait un écosystème vivant basé sur l’échange de connaissances et de solutions locales.

Le laboratoire catalan et le FabCity Global Initiative

Utopique ? C’est pourtant ce qu’expérimente depuis plusieurs années la ville de Barcelone au travers du projet Fab Lab Barcelona, appuyé par la municipalité. Barcelone voit émerger des Fablabs dans tous ses quartiers et se mue peit-à-petit en Fabcity. La capitale catalane n’est pas seule : un réseau international s’est tissé , le « Fabcity Global Initiative », et se compose déjà de 16 autres villes qui ont rejoint l’aventure. Leur objectif est d’atteindre l’auto-suffisance par la relocalisation de la production industrielle, alimentaire et énergétique d’ici 2054.

À quand Bruxelles pour se joindre à cette joyeuse coalition mondiale ?

À deux pas de chez vous :

http://microfactory.be/

http://openfab.be/parc-machine

Pour aller plus loin :

https://blog.fab.city/fab-city-prototypes-designing-and-making-for-the-real-world-e97e9b04857

https://smartcitizen.me/

 

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